Quand les affiches des Jeux olympiques racontent l’esprit d’une époque

8 février 2026

Les affiches des Jeux olympiques ne se limitent pas à annoncer un événement. Elles captent l’air du temps, exposent la vision d’une société et tracent, à chaque édition, une fresque singulière de leur époque. Berlin 1936, par exemple, exhibe un néoclassicisme qui trahit bien plus que le goût artistique du moment : c’est tout un contexte politique qui s’y affiche, sans détour.

Dès Paris 1924 et son Art déco jusqu’aux créations numériques de Tokyo 2020, ces affiches documentent non seulement l’élan sportif, mais aussi la mode, les débats et les rêves collectifs de leur génération. Couleurs, lignes, symboles : chaque détail dialogue avec le monde qui l’a vu naître.

Les affiches des Jeux olympiques à travers l’histoire

Observer l’évolution des affiches olympiques, c’est feuilleter l’album d’une époque qui se transforme. Depuis le grand retour des Jeux sous l’impulsion de Pierre de Coubertin, chaque édition s’est dotée d’une affiche marquante, où sport et création artistique se rejoignent et se répondent.

Les premières affiches

Les débuts sont sans détour : Stockholm 1912, signée Olle Hjortzberg, propose une scène presque académique. L’athlète y est représenté dans toute la force de sa jeunesse. L’époque se veut réaliste, classique, fidèle à une certaine idée de la beauté et du courage physique.

Évolution stylistique

Peu à peu, les codes changent. Les affiches n’hésitent plus à s’approprier les styles contemporains pour mieux marquer leur temps. Trois illustrations marquantes montrent cette évolution :

  • Paris 1924 : Jean Droit adopte l’Art déco, en parfait accord avec les tendances artistiques du moment.
  • Amsterdam 1928 : Emil Huber privilégie l’épure et la géométrie, anticipant l’essor du design moderne.
  • Mexico 1968 : Pedro Ramirez Vazquez, Eduardo Terrazas et Lance Wyman bousculent les codes avec des graphismes psychédéliques et des couleurs éclatantes, en parfaite résonance avec la culture pop des années 60.

L’impact des artistes

Certains artistes ont laissé une empreinte indélébile : Robert Rauschenberg à Los Angeles en 1984, ou encore l’affiche de Helsinki 1952 mettant à l’honneur Paavo Nurmi. À chaque fois, la création épouse le mouvement artistique du moment et porte haut les valeurs olympiques.

Les affiches comme reflets des évolutions culturelles et sociales

Bien plus que de simples œuvres graphiques, les affiches olympiques sont des révélateurs des ambitions et des préoccupations des sociétés qui les voient naître. Jean-François Diana, chercheur au CREM (Centre de Recherche sur les Médiations) de l’Université de Lorraine, a analysé comment elles témoignent des mutations culturelles et sociales.

L’influence des mouvements artistiques

Ces créations s’imprègnent régulièrement des courants artistiques dominants. L’Art déco de Jean Droit pour Paris 1924 en est un exemple, tout comme l’exubérance psychédélique et les teintes éclatantes de l’affiche mexicaine de 1968, signée Pedro Ramirez Vazquez, Eduardo Terrazas et Lance Wyman.

Changements sociaux et politiques

Impossible de passer à côté du contexte politique : l’affiche de Moscou 1980, par exemple, affiche une esthétique de propagande, exultant la force et l’unité. À l’opposé, Los Angeles 1984, sous la houlette de Robert Rauschenberg, respire la créativité et l’ouverture, à l’image de la Californie des années 80.

Représentation de la diversité

Au fil des éditions, la diversité s’affirme peu à peu. Rio 2016 choisit des visuels dynamiques et colorés pour incarner l’énergie et le métissage brésilien. D’année en année, les affiches deviennent ainsi le témoin graphique des avancées sociales et des mutations culturelles.

Les affiches emblématiques des Jeux olympiques modernes

Stockholm 1912

Olle Hjortzberg signe une affiche emblématique du style néo-classique : un athlète nu, couronné de laurier, hisse fièrement le drapeau suédois. Tout y respire la force, l’honneur et l’idéal olympique du début du XXe siècle.

Paris 1924

Pour Paris, Jean Droit compose une scène Art déco : un athlète en mouvement, la Tour Eiffel en vigie, le tout baigné dans l’élégance et l’énergie d’une époque avide de modernité.

Mexico 1968

L’affiche de Mexico 1968, conçue à six mains, explose de motifs psychédéliques et de couleurs franches. Elle incarne l’effervescence pop, tout en puisant dans l’héritage précolombien pour affirmer l’identité mexicaine.

Helsinki 1952

Paavo Nurmi, légende de la course, illumine l’affiche de Helsinki. Torche à la main, il symbolise la persévérance, la discipline et l’excellence, valeurs chères à l’esprit olympique.

Los Angeles 1984

Robert Rauschenberg, figure du pop art, imagine une affiche audacieuse, colorée, pleine de vie. Liberté, innovation, diversité : tout l’esprit de la Californie des années 80 s’y retrouve.

jeux olympiques

Focus sur l’affiche des Jeux olympiques de Paris 2024

L’artiste parisien Ugo Gattoni a été choisi pour donner vie à l’affiche officielle des Jeux de Paris 2024. Son travail, à la croisée de la modernité et du patrimoine, cherche à saisir l’âme de la ville lumière.

Conception et symbolisme

L’affiche regorge de détails, chaque fragment participant à la narration. On y retrouve la Tour Eiffel, le fleuve Seine, des athlètes lancés dans l’effort, tous entremêlés dans une fresque énergique. Ce choix artistique souligne la pluralité culturelle et l’excellence sportive, piliers du mouvement olympique.

Pour mieux comprendre sa composition, voici les éléments majeurs mis en avant par Gattoni :

  • Éléments architecturaux : La Tour Eiffel occupe le centre de l’affiche, rappelant l’attachement indéfectible à Paris.
  • Symboles sportifs : Des silhouettes athlétiques minutieusement dessinées incarnent différentes disciplines olympiques.
  • Couleurs : Le bleu, le rouge et l’or dominent, insufflant une énergie optimiste et vibrante.

Un hommage à l’histoire

Gattoni ne renie pas l’héritage graphique des affiches passées. Il s’en inspire, y injecte une vision résolument contemporaine, et propose ainsi une affiche qui dialogue avec l’histoire tout en regardant vers demain.

Du 26 juillet au 11 août 2024, Paris vibrera au rythme des Jeux olympiques. L’affiche de Gattoni, foisonnante de détails et de symboles, cristallise cette ambition : conjuguer le sport, l’art et la culture dans un même élan. Le regard posé sur cette fresque, difficile de ne pas sentir battre le cœur d’une époque entière.

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