140 euros. C’est le tarif affiché pour décrocher un dossard lors de l’édition 2024 du Marathon de Paris. Cinq ans plus tôt, il fallait débourser 99 euros. Les inscriptions partent en quelques jours, les premiers prix s’envolent vite, et le remboursement standard n’est même pas proposé. Pour les groupes ou via certains tours opérateurs, la note grimpe parfois au-delà des 200 euros.
La part des coureurs venus de l’étranger dépasse désormais 30 %. La médaille, le t-shirt technique et la prise en charge pendant la course sont toujours compris, mais chaque service additionnel, lui, se paie à part.
Comprendre le prix du dossard au Marathon de Paris : ce que recouvrent les tarifs et modalités d’inscription
Parler du prix du dossard au Marathon de Paris, c’est allumer un feu de discussions chez les passionnés chaque printemps. Rien qu’en dix ans, les tarifs ont bondi de façon spectaculaire : 80 euros en 2015, et déjà 170 annoncés pour 2025. Difficile d’ignorer l’inflation, mais elle n’explique pas tout. ASO, le poids lourd de l’organisation sportive en France, orchestre une machine colossale qu’aucun autre événement sur route ne rivalise à Paris.
S’inscrire au marathon revient bien souvent à financer tout un univers logistique en coulisses. Barricader des routes, surveiller la sécurité, réquisitionner des centaines de secouristes, déployer les médecins à chaque carrefour, installer les ravitaillements sur 42 kilomètres : rien n’est laissé au hasard. Le coût du personnel pèse chaque année un peu plus lourd. Thomas Delpeuch, le directeur de l’épreuve, le martèle : la facture grimpe, les frais fixes ne cessent de croître.
Pour y voir plus clair, le détail des tarifs s’affiche en plusieurs niveaux :
- Dossard classique First : 135 €
- Early : 155 €
- Duo : 120 €, puis 140 €
- Combo semi-marathon + marathon : 214 €, puis 239 €
En parallèle, certaines formules premium – « Mon marathon inoubliable », « Mon marathon Paris éternel », « Mon marathon 5 étoiles » – visent ceux décidés à vivre la journée avec service haut de gamme : vestiaire dédié, accueil exclusif, prestation complète pouvant atteindre 375 euros.
Mis en perspective avec d’autres grandes courses mondiales, Paris reste en retrait face à New York, Berlin ou Londres. On reste loin des petits marathons régionaux, certes, mais pour le calibre d’un si grand rendez-vous, le prix ne décroche pas encore le pompon. La mécanique est simple : plus on attend, plus le tarif grimpe, ouvrir son portefeuille tardivement, c’est accepter l’addition finale sans sourciller.
Participer au Marathon de Paris : une expérience qui justifie son coût ?
Lancer sa course au petit matin sous les Champs-Élysées, longer la Seine entre le Louvre et Notre-Dame, s’aventurer sous les frondaisons du bois de Vincennes : Paris déroule pour ses marathoniens un décor à nul autre pareil. Le parcours allie panorama, histoire, popularité. Toute la question est là : cette expérience justifie-t-elle les 170 euros (ou beaucoup plus, pour les options premium) affichés sur la facture ?
La diversité dans le peloton se remarque tout de suite. Ombeline, pour qui ce fut le baptême du feu, partage ce souvenir : « On sent qu’on écrit un morceau de l’histoire de la course sur route. » Luis, débarqué du Brésil, souligne une ambiance survoltée et un public cosmopolite. Près de 40 % des inscrits ne viennent pas de France. Mais la question du prix continue de faire débat. Lucie, marathonienne sur deux éditions, s’en détourne désormais : selon elle, « l’élan populaire se dissipe, la dimension marchande prend le dessus ».
Face à la hausse continue, certains cherchent à contourner les règles. Le phénomène du bandit running gagne du terrain : courir sans inscription, grâce à des faux dossards créés maison ou en s’infiltrant directement dans les sas de départ. La fraude n’a rien d’anodin : les risques légaux sont élevés, avec amende et possible garde à vue si l’on se fait attraper. Pour Thomas Delpeuch, rien ne justifie cela : « L’organisation ici n’est comparable à aucune autre en France, et le niveau de service suit. » Le duel continue : le marathon de prestige s’arroge-t-il la légitimité d’une sélection par le portefeuille, ou perd-il peu à peu sa vocation fédératrice ?
À l’arrivée, la médaille capture la lumière tombante. Moment suspendu, où certains se disent qu’il n’a pas de prix. D’autres, pourtant, garderont longtemps à l’esprit la note qu’ils ont payée,plus marquante, parfois, que la course achevée.


